L’accord sur l’électricité, actuellement discuté dans le cadre des Bilatérales III, est un élément central pour l’économie suisse. Il garantit les capacités transfrontalières d’importations et d’exportations nécessaires. Ces dernières sont particulièrement importantes pour la Suisse pendant le semestre hivernal. L’accord garantit la participation aux marchés de l’électricité européens, ce qui fait baisser les prix, notamment ceux de l’énergie d’ajustement et de réglage, et offre des opportunités supplémentaires pour l’énergie hydraulique suisse. Il assure également l’accès aux instances centrales de coordination et de planification, ce qui facilite et rend moins coûteuse la garantie de la stabilité du réseau.
Continuer comme avant n’est plus possible, car la Suisse est toujours plus exclue des instances, plateformes et marchés pertinents, et les capacités transfrontalières sont restreintes. En bref: sans accord sur l’électricité, l’approvisionnement en électricité suisse deviendra moins sûr et plus coûteux.
Liberté de choix, également pour les ménages et les PME
L’accord sur l’électricité s’accompagne également d’une ouverture totale du marché – et donc de la liberté pour toute la clientèle de choisir elle-même son fournisseur d’électricité. Jusqu’à présent, les clientes et clients particuliers, et les PME dont la consommation est inférieure à 100 MWh sont «prisonniers» de l’approvisionnement de base.
Le principe de l’approvisionnement de base est clair: garantir en permanence aux ménages et aux petites entreprises un approvisionnement en électricité à des prix réglementés, indépendamment des fluctuations à court terme du marché. Les client·e·s concerné·e·s sont raccordé·e·s à leur fournisseur de l’approvisionnement de base local et ne peuvent pas le choisir librement. En apparence, cela vise à protéger la clientèle des fluctuations des prix du marché. Mais en réalité, ce modèle protège plutôt les fournisseurs de l’approvisionnement de base: ils conservent leur clientèle, quel que soit leur niveau d’innovation, d’efficacité et de satisfaction client. Le monde protégé du monopole les protège de la pression de la concurrence. Les prix sont certes plus stables qu’en bourse, mais ils suivent eux aussi, pour la grande majorité – généralement avec un certain décalage –, l’évolution du marché. Cela s’est clairement observé lors de la crise énergétique de 2022 et 2023. Pour les fournisseurs de l’approvisionnement de base eux-mêmes, ce modèle devient également de moins en moins attractif: la densité réglementaire augmente et la marge bénéficiaire fixée par la réglementation diminue.
Les marchés libéralisés aussi font l’objet d’investissements
Certains avancent aujourd’hui que, sans une clientèle garantie dans le cadre de l’approvisionnement de base, personne n’investirait plus dans la transition énergétique ni dans la production d’énergies renouvelables. Cet argument ne tient pas la route à bien des égards.
Nos pays voisins ont libéralisé leurs marchés depuis longtemps déjà et développent l’énergie éolienne, solaire et hydroélectrique à un rythme bien plus soutenu que la Suisse. La promotion des énergies renouvelables reste possible même avec un accord sur l’électricité. Il existe tout un éventail d’instruments de promotion compatibles avec l’UE, qu’il s’agisse de contributions à l’investissement, de rétributions de l’injection, de contrats pour différence, de PPA ou de marchés de capacité. La seule chose qui ne sera plus possible, c’est un financement unilatéral de cette subvention à la charge de la clientèle résidentielle «captive».